Valeur & Cession
Valorisation

Combien vaut une PME en 2026 ? Les multiples d'EBE réellement pratiqués, secteur par secteur

Ce que disent vraiment les indices de transactions et les multiples cotés européens en 2026, et comment passer de ces chiffres à la valeur d'une PME de 2 à 20 M€ de chiffre d'affaires.

Par L'équipe Valeur & Cession · · 7 min de lecture

Un dirigeant qui envisage de céder finit toujours par poser la même question, souvent dès le premier rendez-vous : « Combien de fois l'EBE ? ». La question est légitime, la réponse l'est moins quand elle tombe en une phrase. Le multiple n'est pas une constante sectorielle que l'on irait chercher dans un tableau. C'est le résultat d'une négociation, encadré par des références de marché que l'on peut, elles, documenter. Voici celles que nous utilisons, ce qu'elles valent, et ce qu'elles ne disent pas.

Le point de départ : ce que paient les acheteurs du mid-market

La référence la plus citée en Europe pour les sociétés non cotées est l'indice Argos, publié chaque trimestre par le fonds Argos et Epsilon Research. Au deuxième trimestre 2026, le multiple médian VE/EBITDA des acquisitions majoritaires dans la zone euro ressort à 8,8x, en moyenne glissante sur six mois. Les fonds d'investissement ont payé en médiane 10,2x, les acquéreurs industriels 7,9x (Argos Index mid-market, T2 2026).

Deux autres chiffres de la même publication sont plus parlants pour un cédant que la médiane elle-même. La part des opérations conclues sous 7x l'EBITDA est passée de 22 % à 27 % d'un trimestre à l'autre, et celle des opérations au-dessus de 15x est tombée à 5 %, un plus bas historique selon Argos. Autrement dit, la dispersion se resserre par le haut : les multiples à deux chiffres ne sont plus réservés qu'à quelques dossiers très recherchés.

Il faut surtout lire le périmètre avant de citer le chiffre. L'indice ne retient que des transactions dont la valeur des fonds propres est comprise entre 15 et 500 M€, et exclut les services financiers, l'immobilier et la haute technologie. Une PME qui dégage 800 k€ d'EBE n'appartient pas à cet échantillon. La transposer directement à 8,8x est l'erreur la plus fréquente que nous voyons dans les premières discussions, et c'est souvent l'acheteur qui se charge de la corriger, rarement avec élégance.

Le marché coté européen, secteur par secteur

Pour descendre au niveau du secteur, il n'existe pas de base publique et gratuite de transactions de PME françaises suffisamment fournie. La source publique la plus solide reste la base d'Aswath Damodaran (NYU Stern), qui publie chaque mois de janvier les multiples des sociétés cotées par secteur et par zone. La mise à jour Europe est datée du 5 janvier 2026 (Damodaran, EV/EBITDA Europe). Les chiffres ci-dessous portent sur les sociétés à EBITDA positif.

Secteur (libellé Damodaran)Nombre de sociétésVE/EBITDA
Services informatiques (Computer Services)21012,0x
Logiciels (Software)29020,9x
Ingénierie et construction1609,7x
Matériaux de construction8414,3x
Services aux entreprises et aux consommateurs17612,8x
Agroalimentaire (Food Processing)17312,4x
Restauration3812,2x
Distribution professionnelle (Retail Distributors)11711,6x
Machines et équipements21015,0x
Services de santé (Healthcare Support)4712,6x
Environnement et déchets4810,4x
Transport routier (Trucking)79,2x
Ensemble hors secteur financier5 75710,8x

Ces multiples mesurent des valorisations boursières de groupes liquides, diversifiés, souvent internationaux, avec un accès au financement sans comparaison avec celui d'une société de 40 salariés. Personne ne vous les paiera pour une PME. Certaines lignes reposent par ailleurs sur très peu de sociétés : sept transporteurs routiers cotés ne font pas une statistique, et nous ne les utilisons qu'en recoupement.

Leur intérêt est ailleurs. Ils donnent une hiérarchie entre secteurs que l'on retrouve, atténuée, dans les transactions non cotées. Un acheteur paiera plus cher un chiffre d'affaires récurrent en services informatiques qu'un carnet de chantiers en second œuvre, et l'écart de multiple coté (12,0x contre 9,7x) donne une idée assez juste du sens de la correction.

De la cote à la PME : la décote que personne ne publie

Entre une médiane cotée et le prix d'une PME, il y a une décote de taille et de liquidité. Aucune source publique ne la mesure de façon fiable pour les petites sociétés françaises, et nous nous méfions des chiffres qui circulent sans méthode. Dans notre outil, nous appliquons une décote comprise entre 25 % et 45 % au multiple coté du secteur, puis nous bornons le résultat entre 3x et 9x. C'est un choix de méthode, pas une donnée de marché, et nous préférons l'écrire.

Ce qui fait bouger la décote d'un bout à l'autre de la fourchette est assez prévisible pour qui a lu quelques dizaines de lettres d'intention :

  • La dépendance au dirigeant. Si les trois premiers clients appellent le fondateur sur son portable, l'acheteur intègre un risque de départ, sous forme de décote ou de complément de prix.
  • La concentration client. Au-delà de 25 à 30 % du chiffre d'affaires sur un seul client, la discussion change de nature.
  • La récurrence. Contrats pluriannuels, maintenance, abonnements : c'est ce qui rapproche une PME du haut de la fourchette.
  • La qualité de l'information financière. Une situation intermédiaire fiable à fin juin vaut parfois un demi-point de multiple, parce qu'elle réduit l'incertitude de l'acheteur et donc ses demandes de garanties.

La taille joue aussi mécaniquement. Pour une société de 15 M€ de valeur de titres, l'acquéreur financier a un vrai dossier de LBO. Pour une société de 3 M€, le marché des acheteurs se réduit souvent aux concurrents, aux repreneurs individuels et à quelques fonds small cap, et le multiple s'en ressent.

Exemple chiffré : deux PME, deux secteurs

Prenons deux sociétés fictives, construites pour l'exemple.

Menuiseries du Val (société fictive) pose des menuiseries extérieures pour une clientèle de particuliers et de promoteurs. Chiffre d'affaires de 6,2 M€, EBE retraité de 820 k€ (après correction de la rémunération du dirigeant et du loyer, voir notre article sur les retraitements de l'EBE).

Le multiple coté Ingénierie et construction est de 9,7x. Avec une décote de 35 %, on obtient 6,3x, soit une valeur d'entreprise de l'ordre de 5,2 M€. En pratique, nous présenterions une fourchette de 5,5x à 7x, soit 4,5 à 5,7 M€. Le bas correspond à un carnet de commandes court et à un dirigeant qui réalise lui-même les métrés ; le haut, à une équipe commerciale autonome et à 40 % de chiffre d'affaires réalisé avec des promoteurs fidèles depuis plusieurs années.

Infogérance Atlantique (société fictive) est une société de services informatiques de 9 M€ de chiffre d'affaires, dont 60 % en contrats de maintenance annuels reconduits tacitement. EBE retraité : 1,5 M€.

Le multiple coté Services informatiques est de 12,0x. Une décote de 35 % donne 7,8x. Nous plafonnons à 9x dans l'outil, et pour un dossier de cette taille nous retiendrions une fourchette de 7x à 8,5x, soit 10,5 à 12,8 M€ de valeur d'entreprise. Avec cette récurrence, cette société intéressera aussi des fonds, ce qui tire le prix vers le haut de la fourchette.

Les marges d'EBE sont du même ordre (13 % et 17 %), et pourtant la seconde société vaut près de deux points de multiple de plus. Le code NAF explique peu de chose ici. Ce qui pèse, c'est la visibilité sur les revenus : 60 % de contrats reconduits d'un côté, un carnet de chantiers de quelques mois de l'autre.

Ce que le multiple ne dit pas

Trois remarques que nous faisons systématiquement aux dirigeants.

Le multiple s'applique à un EBE que l'acheteur aura refait. Personne ne valorise l'EBE de la liasse. L'acquéreur retraitera la rémunération du dirigeant, le loyer de la SCI familiale, les charges exceptionnelles qui ne l'étaient pas vraiment. Un demi-point de multiple gagné en négociation se perd vite sur 150 k€ d'EBE contesté.

Le multiple donne une valeur d'entreprise, pas le chèque. Entre les deux se trouvent la dette nette, le BFR normatif et une liste d'ajustements qui se négocient au closing. Nous y consacrons un article entier, parce que c'est là que se perdent les montants les plus inattendus.

La moyenne du secteur n'est pas votre multiple. Dans un même code NAF, nous avons vu des sociétés se vendre à des multiples qui variaient du simple au double. Ce qui les distinguait tenait en une page : récurrence, concentration, organisation, qualité des chiffres.

Le contexte de marché en 2026

L'indice Argos a touché un point bas fin 2025 pour les fonds (8,3x au quatrième trimestre) avant de remonter. Argos attribue ce rebond à la pression sur les fonds pour investir leurs capitaux disponibles et à un effet de composition : les opérations de LBO se concentrent sur un nombre plus restreint de dossiers de qualité (Argos Index, T2 2026).

Pour une PME française, la lecture est plutôt prudente. Le tissu est large : l'INSEE recense 174 614 PME hors microentreprises en 2023 dans les secteurs marchands non agricoles et non financiers (Insee Focus n° 372). Les acheteurs ont le choix, et ceux qui paient les multiples médians de l'indice Argos visent des dossiers bien plus gros que la majorité de ces sociétés. Quand un repreneur parle de « 8 ou 9 fois » pour une société de 1 M€ d'EBE, il cite souvent un chiffre qu'il ne paiera pas.

Comment nous l'utilisons

Notre estimation gratuite part du multiple coté de votre secteur, applique la décote décrite plus haut et le croise avec les comptes publiés de votre société. Elle ne remplace pas une évaluation : elle sert à arriver au premier rendez-vous avec un ordre de grandeur défendable, et à savoir quelles questions l'acheteur posera.

Un dernier conseil, tiré de beaucoup de premières réunions : ne commencez jamais une discussion par le multiple que vous visez. Commencez par l'EBE que vous savez défendre ligne par ligne. Le multiple viendra de lui-même, et il sera plus solide.

Les sociétés citées dans les exemples sont fictives. Les chiffres de marché proviennent des sources indiquées et datées ; ils ne constituent ni une évaluation ni un conseil en investissement.

À lire ensuite